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Alice Doublier, autrice enflammée

  • Photo du rédacteur: margotliterarymedi
    margotliterarymedi
  • 23 sept. 2024
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 2 oct. 2024

Passionnée d’écriture, Alice Doublier a tout mis en œuvre pour placer la littérature au centre de son quotidien. Un choix payant, puisqu’elle publie cette année non pas un mais deux livres : les deux tomes d’Elles & Le Feu, une duologie fantasy, aux éditions Hachette Romans.



© Agnès_Colombo
Raconte-nous ta première rencontre avec l’écriture.

Comme beaucoup, j’ai d’abord eu mes premières amours avec la lecture grâce à ma grand-mère qui m’emmenait très souvent à la bibliothèque municipale. Ma première vraie rencontre avec l’écriture part d’un jeu avec ma meilleure amie, lorsque nous avions 11-12 ans et que nous nous inventions des histoires. J’ai commencé à écrire ainsi, sur un blog, une histoire fantasy qui abordait la thématique des éléments, qu’on retrouve d’ailleurs dans Elles & Le Feu.


Pourquoi as-tu choisi de poursuivre dans l’univers de la fantasy pour ton premier roman publié ?

J’aime la possibilité qu’offre ce genre littéraire d’aborder des thématiques actuelles tout en se libérant du réel, mais pas de la vérité. C’est beaucoup plus simple, pour moi, d’écrire sur des thèmes difficiles dans un monde qui n’existe pas. L’avantage, avec l’imaginaire, c’est qu’il n’y a pas de limite à l’histoire, sauf celle d’être crédible. Il ne faut donc pas hésiter à pousser la réalité et à se laisser porter par son imagination. Pour Elles & Le Feu, je ne me suis mis aucune limite en termes d’univers, de magie, de personnages.


Les littératures de l’imaginaire (SF, fantasy et fantastique), ce sont environ 1 400 nouveautés rien qu’en 2022, selon l’Observatoire de l’imaginaire. Dans ce paysage concurrentiel, comment réussir à se démarquer ?

Certaines fantaisies se ressemblent et c’est normal : ce qui fait qu’un livre soit publié ou pas, selon moi, c’est le twist. Par exemple, dans mon premier roman, l’histoire est assez classique puisqu’elle parle de malédiction, de magie interdite. En revanche, le twist pour me différencier a été d’inclure des sujets féministes et des parcours de femmes. Parfois, cela peut être des choses plus simples, comme se concentrer sur l’histoire du méchant plutôt que du gentil. De plus, je pense qu’une histoire 100 % originale serait illisible car le lecteur n’aurait aucun repère, or c’est important.


L’avantage, avec l’imaginaire, c’est qu’il n’y a pas de limite à l’histoire, sauf celle d’être crédible.

Elles & Le Feu (Ed. Hachette Romans, mai 2024) est donc ton premier roman. Peux-tu expliquer le chemin qui a mené à sa parution ?

Avant toute chose, je tiens à préciser que si Elles & Le Feu est mon premier roman publié, ce n’est pas le premier roman que j’ai écrit, et je tiens à rassurer les jeunes auteurs à ce sujet. En général, le premier roman publié est le quatrième ou cinquième roman écrit et c’est normal, car il faut apprendre et s’améliorer. Ensuite, j’avais le personnage d’Alyhia, qui a les pouvoirs du feu, en tête depuis longtemps. Je savais que j’allais écrire ce livre mais je n’étais pas encore prête. Un jour, j’ai lié l’histoire avec des thématiques féministes et ça a été la révélation. Il fallait que j’écrive, l’histoire me pressait. Résultat, j’ai composé le premier jet en trois semaines, en février 2022, en écrivant parfois de 7 heures du matin jusqu’à minuit.


Malgré l’ampleur de la tâche, ce n’était en réalité que le début du processus.

Effectivement, j’avais fait environ 10 % du travail puisqu’une fois un premier jet réalisé, il y a énormément de réécritures - au moins trois grosses - et de bêta lectures pour avoir des avis extérieurs. J’aime à dire que c’est le moment charnière où l’artistique devient de l’artisanat : une fois l’histoire posée sur le papier, il faut se remonter les manches pour travailler les descriptions, les dialogues, les sous-intrigues, etc… Après ma première grosse réécriture, j’ai fait partie des finalistes du concours Littératures de l’imaginaire des éditions Rageot et j’ai pu recevoir les conseils d’une éditrice. Finalement, les quatre tomes que j’avais en tête ont été regroupés en deux, ce qui a induit des changements de points de vue et pas mal de modifications dans l’histoire. Après cette deuxième réécriture, j’ai décidé de présenter mon livre aux rencontres auteurs/éditeurs des Imaginales, un festival des littératures de l’imaginaire qui permet aux auteurs de côtoyer des éditeurs pour leur pitcher leur roman. J’avais sélectionné Hachette Romans et, lorsque je suis arrivée au rendez-vous, mon éditrice m’a indiqué qu’elle aimait l’histoire et m’a tendu sa carte. Tout s’est ensuite enchaîné très vite, et aujourd’hui Elles & La Cendre, le second tome d’Elles & Le Feu, est sur le point de sortir en librairie.


Tu publies en effet à quelques mois d’intervalle les deux tomes de la saga. Pourquoi avoir fait le choix de publications aussi rapprochées ?

C’est avant tout une décision de Hachette Romans, qui se base sur ma rapidité de travail. Lorsque j’ai eu des modifications à réaliser pour le premier tome, j’ai travaillé très vite et mon éditrice m’a proposé d’enchaîner la publication des deux tomes, ce que j’ai accepté car je suis impatiente en règle générale. Ça n'a pas été facile car j’aime écrire le premier jet d’un seul coup mais, avec les corrections du tome 1, j’ai dû jongler entre les deux parties de l’histoire et l’évolution de mes personnages. C’est une gymnastique à mettre en place et surtout, il faut accepter de mettre sa vie entre parenthèses pour respecter les deadlines de la maison d’édition.


J’aime à dire que c’est le moment charnière où l’artistique devient de l’artisanat : une fois l’histoire posée sur le papier, il faut se remonter les manches pour travailler les descriptions, les dialogues, les sous-intrigues.

Autrice, c’est donc une activité à temps plein ?

Après un burn-out alors que je travaillais en politique, j’ai décidé de mettre l’écriture au centre de mon activité. Je me suis formée pour devenir correctrice freelance et j’ai trouvé un poste d’assistante de direction dans une maison d’édition. Ce choix m’a permis de comprendre les rouages de l’édition, de l’importance du synopsis en passant par la logique de l’éditeur, jusqu’au mail de présentation lors de l’envoi d’un manuscrit. Depuis un mois maintenant, j’ai quitté mon poste d’assistante pour me concentrer sur l’écriture et mon activité de freelance. C’est un choix personnel et calculé afin de pouvoir adapter mon activité à ma passion pour l’écriture, et me consacrer pleinement dans un premier temps à Elles & Le Feu. Autrice est un emploi qui pourrait largement prendre un temps plein, mais c’est très rare qu’elle soit la seule activité des écrivains.


Pourquoi avoir choisi Hachette Romans pour t’accompagner sur ce projet ?

Nous nous sommes choisis mutuellement aux Imaginales, mais je souhaitais également être dans une maison d’édition qui puisse accompagner le développement de mon livre. Ayant évolué dans ce milieu, je sais ce qu’un livre qui ne se vend pas peut faire à la carrière d’un auteur. C’est important d’avoir une équipe commerciale ou encore marketing pour promouvoir le livre dans tous ses aspects car, au final, le texte n’a malheureusement pas beaucoup d’impact sur son succès. C’est un tout qui fait boule de neige, d’où l’importance de bien choisir sa maison d’édition.


Comment gérer le fait de devenir une autrice publiée ?

D’abord, n’importe qui donne son avis sur le livre et cela peut être déstabilisant. Les avis dans la moyenne sont agréables, ceux qui sont dans les extrêmes - négatifs ou positifs - sont plus compliqués à recevoir mais ça fait partie du jeu. J’aime beaucoup les échanges sur les réseaux sociaux car cela va plus loin qu’un avis de lecture. Les gens peuvent venir me parler et c’est très enrichissant. Être une autrice publiée, c’est génial mais c’est aussi le début d’une nouvelle angoisse car il faut penser à la suite. Le monde de l’édition est lent, et c’est normal. Ce qu’on fait aujourd’hui sera publié dans deux ans, ce qui est frustrant pour ma part car j’ai toujours l’impression d’être en retard et que je vais louper le coche. Il faut s’y préparer. Enfin, il est important de faire des pauses de temps en temps pour éviter la page blanche et le blocage. Ça ne m’est jamais arrivé mais depuis que j’ai appris que le burn-out de l’écrivain existe, je suis vigilante et je n’hésite pas à m’arrêter si ça commence à “tirer”. Il ne faut pas s’inquiéter, car l’histoire continue toujours dans notre tête.


Selon moi, la notion de talent en écriture est dangereuse.

Comment envisages-tu la suite ?

J’ai hâte que mes deux tomes soient publiés, même si ça fait bizarre de dire au revoir à mes personnages. J’ai aussi dans un coin de ma tête le sequel d’Elles & Le Feu mais je ne sais pas si je l’écrirai. Parmi mes prochains projets : un livre de littérature blanche pour adulte, une romance de Noël mais aussi une dystopie, et j’ai hâte de pouvoir m’y consacrer totalement. On m’a toujours dit qu’il était difficile de s’éloigner de son genre d’origine mais je vais essayer et ne pas me mettre de barrière.


Un dernier conseil ?

Selon moi, la notion de talent en écriture est dangereuse. Lorsque vous débutez dans un sport ou dans un art, vous n’êtes pas forcément doué dès le départ et c’est normal car cela demande de l’entraînement. Pourtant, en écriture, il y a cette croyance qu’on est soit un génie, soit médiocre. Je trouve qu’il est important que les jeunes sachent qu’au-delà de la partie créative, il faut des heures et des heures de travail pour se professionnaliser. C’est un processus qui peut être enrichi grâce à la lecture, mais aussi en rejoignant des groupes d’écritures ou des ateliers gratuits. Mais écrire un roman c’est comme préparer un marathon : il faut écrire encore et encore, jusqu’à être prêt.




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