Hayden Deterra : illustratrice couteau suisse
- margotliterarymedi
- 25 nov. 2024
- 4 min de lecture
Après un cursus en animation 3D et character design, Hayden Deterra s’est lancée en tant qu’illustratrice freelance. Également autrice et créatrice webtoon, elle dessine ses propres personnages, mais aussi ceux des autres.

Sur Instagram, tu te présentes comme illustratrice, autrice et créatrice webtoon freelance. Tu peux nous en dire plus ?
On pourrait dire que je suis une touche-à-tout ! De part mes études, j’ai une spécialisation en animation 3D et character design donc je suis plutôt spécialisée dans le design de personnages. L’influence webtoon (le terme webtoon est une contraction de deux mots anglais, website et cartoon. Comme le laisse deviner ce nom évocateur, il s’agit de bandes dessinées numériques, ndlr) est très présente dans mon travail, j’en ai d’ailleurs réalisé plusieurs, mais ça ne s’arrête pas là ! Il m’est par exemple arrivé de faire des couvertures young adult, d’illustrer des pages de garde ou encore de faire du graphisme pur. En tant qu’illustratrice, quand j’imagine une histoire, j’ai très vite besoin de dessiner les personnages pour les visualiser. C’est comme s’il fallait que je les dessine pour me familiariser avec. J’ai besoin de voir leurs lignes, leur design, etc… Ça me permet de les rencontrer.
Tu es plutôt papier ou digital ?
Je travaille quasiment uniquement en digital. Le croquis sur tablette est très pratique car cela permet d’envoyer une capture d’écran au client et de s’exercer directement sur un fichier. En revanche, si je bloque, je n’hésite pas à passer sur papier ! Le dessin traditionnel m’aide à me “décrasser” et à poser mes différentes idées pour y voir plus clair.
Depuis 2020, tu es freelance dans l’illustration. Pourquoi ce choix ?
Plus qu’un choix, je dirais que c’est plutôt un concours de circonstances qui m’a poussée à me mettre à mon compte. Après mes études, j’ai passé un an à chercher du travail. On nous avait vendu des CDI en studio d’animation dès notre diplôme mais ce n’est absolument pas ce qu’il s’est passé … La période était déjà compliquée, puis le Covid est arrivé. Pendant le confinement, j’ai participé à un concours de webtoon et j’ai gagné un prix. On m’a proposé un contrat, donc je me suis déclarée en freelance pour pouvoir l’assurer. Ce n’était pas mon intention première car je pensais me faire de l’expérience en studio pendant quelques années avant de bifurquer vers le freelance. Je ne pensais pas que ça allait arriver aussi vite ! Avec le recul, je me dis que ça m’a servi de tremplin. Je voulais faire de l’illustration mais je n’osais pas me l’avouer. Le freelance m’a permis de faire ce que j’avais vraiment envie.
C’est grave de ne pas citer les personnes qui contribuent à créer l’objet livre et qui permettent de le pousser dans le processus marketing.
Qu’est-ce que ça implique dans ta façon de travailler par rapport à un salarié “classique” ?
Le freelance n’est pas un métier stable : on est son propre patron donc il faut se créer son propre cadre et surtout sa propre discipline car on peut vite être tenté d’être tranquille ! Surtout, il ne faut pas avoir tous ses œufs dans le même panier, ça permet de s’assurer plusieurs canaux de revenus. Par exemple, j’ai une boutique pour faire de la vente en ligne, je fais des salons, j'honore des contrats éditoriaux mais aussi des commissions de particuliers. Ce que j’aime dans cette organisation, c’est de pouvoir m’aménager du temps pour mes propres projets et développer ma vision créative, ce que je n’aurais pas pu faire en studio d’animation.
Comme tu l’expliques, tu travailles pour toi mais aussi pour les autres. Comment se passe une création pour quelqu’un par exemple ?
Il n’y a pas de science exacte : ça dépend du projet demandé, du style attendu, du temps de recherches, etc… Par exemple, je ne vais pas passer le même temps pour réaliser une couverture de roman que pour faire des cartes de dédicace, à la manière de photocards Kpop. Récemment, j’ai par exemple réalisé ce type de projet pour Absolu de Margot Dessenne. Elle connaissait mes illustrations et elle m’a passé commande pour douze cartes pour la trilogie. Je lui ai demandé de me décrire les personnages, qu’elle m’envoie le maximum d’informations comme des tableaux d’inspiration Pinterest. Ensuite, le process est lancé : je réalise un croquis que j’envoie, je fais quelques retouches, je construis les personnages avant de me lancer dans le lineart définitif. Comme il s’agissait d’une commission de Margot à moi, nous avons eu beaucoup d’échanges directs, ce qui fluidifie grandement le travail, plus que lorsqu’il y a le directeur artistique d’une maison d’édition dans la boucle par exemple. Dans tous les cas, il n’y a pas le même lâcher-prise que si c’est mon propre projet, où j’ai carte blanche comme ce sont mes personnages et mon histoire.
Pour conclure, parlons de l’importance de mentionner les illustrateurs sur les réseaux sociaux.
Tiphs a fait un post Instagram très juste sur le sujet. De plus en plus de maisons d’édition ne citent pas les illustrateurs qui réalisent la couverture d’un ouvrage ou le travail graphique. Je pense que c’est un vrai problème car, pour la couverture en l'occurrence, c’est la première chose qu’on voit sur une étagère et cela peut être l’élément déclencheur de la vente d’un livre. C’est grave de ne pas citer les personnes qui contribuent à créer l’objet livre et qui permettent de le pousser dans le processus marketing. D’autant plus avec l’IA qui se développe et qui produit des images sans âme ni émotion.



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