La mécanique des livres selon Magdalena
- margotliterarymedi
- 30 sept. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 2 oct. 2024
Bookstagrameuse au parcours atypique, Magdalena combine un esprit analytique et une passion pour les livres qui lui permettent de proposer à ses abonnés des chroniques avec une touche presque scientifique. Une authenticité qui est, selon elle, la clé du succès dans la création de contenu.

Un esprit matheux peut-il tomber amoureux des livres ? Assurément, si l’on prend l’exemple de Magdalena. A 39 ans, cette mère de famille partage son temps entre un poste à responsabilité dans les mathématiques et bookstagram sous le pseudo @Triple_l_de_mag. Créé un mois après la naissance de son troisième enfant, en mars 2016, le compte Instagram est suivi 10 mois plus tard par une chaîne YouTube. "Au début, j’y partageais mes loisirs créatifs car je suis fan de tricot. Quand j’ai découvert que je pouvais tricoter et lire en même temps, un monde s’est ouvert à moi ! analyse Magdalena en riant. Chaque autonomie que mes enfants ont acquise en grandissant m’a permis d’avoir plus de temps à consacrer à la lecture. Aujourd’hui, ma dernière à 8 ans et demi et j’ai un rythme que je n’ai jamais eu jusqu’à présent. J’ai comme l’impression de rattraper tous les moments où j’ai moins lu.” Pour preuve, celle qui se décrit comme “dévoreuse de livres” sur Instagram a parcouru 300 ouvrages rien que sur l’année 2023. “Dévoreuse, c’est un terme que je trouve pertinent, que ce soit au niveau de la quantité de livres que je lis ou de la sensation, presque boulimique, que cela me procure”, abonde-t-elle.
“Chaque auteur m’apporte énormément”
Parmi ses lectures, entre 60 à 70 % de polars, un genre parfois moins représenté chez les créateurs de contenus littéraires. “C’est mon côté scientifique qui m’a amenée à apprécier autant les polars, notamment car ils font appel à un raisonnement qui me parle. Il y a un côté analytique et réflexif, dans lequel l’auteur doit surprendre le lecteur avec des rebondissements et un dénouement inattendu, qui est intellectuellement intéressant. Les Agatha Christie (l’autrice de polars préférée de Magdalena, ndlr) sont capables de nous prouver que nous nous mettons des œillères lorsque nous réfléchissons. Nous sommes convaincus d’avoir exploré toutes les pistes mais l’autrice nous montre qu’il en manquait une et c’est celle-ci qu’elle choisit à chaque fois. Ça permet de nous ouvrir l’esprit”, développe-t-elle.
“C’est ma matière, la base de mon activité digitale mais aussi ce que je recherche chez les créateurs de contenus littéraires à l’origine”
Mais avec un rythme de lecture aussi soutenu, Magdalena n’a-t-elle pas peur qu’une lassitude s’installe ? “Les polars sont tous très différents, assure-t-elle. Un Agatha Christie n’aura rien à voir avec un Bernard Minier, un Franck Tillier ou des auteurs modernes. Cela regroupe aussi bien des policiers que des thrillers, des polars nordiques ou encore du cosy mystery.” D’autant plus qu’amatrice de livres qu’elle qualifie de “populaires” comme ceux de Virginie Grimaldi, Laure Manel ou Julien Sandel, “je ne suis jamais rassasiée car ce sont toujours de belles découvertes et de nouveaux sujets, c’est très enrichissant. Par exemple, moi qui déteste prendre l’avion, cela me permet de voyager à travers les livres. Chaque histoire, chaque auteur m’apporte énormément”, conclut Magdalena.
L’art de la planification
Cette richesse, c’est ce qu’elle aime partager avec ses 27 000 abonnés sur Instagram et presque 21 000 abonnés sur Youtube. “J’échange avec des gens qui lisent la même chose que moi, principalement des polars, mais pas que. Ils découvrent des livres à travers mes chroniques et m’en conseillent aussi. Ça me booste d’avoir une communauté qui me suit au quotidien car je me dis que ce que je fais est utile aux autres”, explique-t-elle. L’activité digitale de Magdalena se résume ainsi à 3 ou 4 vidéos hebdomadaires sur sa chaîne YouTube et 2 à 3 posts quotidiens sur Instagram. Une variété de formats et de publications qui implique une organisation millimétrée. “Je me consacre à la création de contenu le matin lorsque je me lève, dès 6h30. Le temps de route que je gagne les jours où je suis en télétravail me permet également de m’organiser. Ce qui a vraiment changé ma vie, c’est mon planning de publication et les outils de programmation car ils me permettent de faire vivre le compte même lorsque je suis au travail ou en vacances et d’instaurer des rituels comme “C’est lundi, que lisez-vous” sur des horaires où je ne suis pas forcément disponible autrement” détaille-t-elle.
“Je n’ai peut-être pas les meilleurs avis littéraires, je ne lis peut-être pas des grands prix mais j’apporte quelque chose à ma communauté. J’ai une écriture simple, mais je crois qu’elle parle aux gens qui me suivent.”
A cela s’ajoutent ses chroniques littéraires, toujours une après chaque lecture. “C’est ma matière, la base de mon activité digitale mais aussi ce que je recherche chez les créateurs de contenus littéraires à l’origine”, explique-t-elle. Méthodique, Magdalena structure des avis lectures qui lui ressemblent en mettant en avant une citation qui lui semble pertinente sur le sujet ou le style de l’auteur, ses ressentis sur l’ouvrage, son résumé tiré de la quatrième de couverture mais aussi des données factuelles comme le titre, la maison d’édition, l’année de publication ou encore le nombre de pages, qui peut être un critère déterminant pour certains abonnés.
Rester fidèle à ses valeurs et à ses lectures
“Quand j’ai commencé, je n’étais pas sûre d’être totalement légitime pour donner mon avis sur un livre. Je n’ai pas une écriture incroyable, je me pose 1 000 questions lorsqu’il s’agit de concordance de temps. Je fais donc toujours des chroniques à ma façon et je reçois les plus beaux des compliments lorsqu’on me dit que mes chroniques sont analytiques. Souvent, je fais plus attention à la construction de l’ouvrage qu’à son aspect purement littéraire” déclare Magdalena. Par exemple, dans le dernier livre d’Olivier Norek, ce qui a le plus surpris la créatrice littéraire, c’est qu’un personnage ne parle quasiment pas. “Je n’ai peut-être pas les meilleurs avis littéraires, je ne lis peut-être pas des grands prix mais j’apporte quelque chose à ma communauté. J’ai une écriture simple, mais je crois qu’elle parle aux gens qui me suivent.” Et, après huit ans sur Bookstagram, c’est peut-être le conseil le plus précieux que délivre Magdalena : “Il y a un côté égoïste à dire que pour s’ouvrir aux autres, il faut d’abord créer du contenu qui plaît à soi-même. Si vous êtes naturels et authentiques dans vos lectures et vos créations, alors la richesse de vos abonnés sera incroyable.”


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