Adélina Lauruol : quand l'édition devient une aventure freelance
- margotliterarymedi
- 21 oct. 2024
- 5 min de lecture
Être éditrice mais sans dépendre d'une maison d'édition en particulier, tel est le quotidien d'Adélina Lauruol, qui exerce en freelance. Pour Literary, elle revient en toute sincérité sur son parcours littéraire, les points positifs et négatifs de son expérience de travailleur indépendant ou encore la création de son auto-entreprise, Ad Astra Edition.

Ton parcours, scolaire comme professionnel, peut se résumer en un mot : littéraire.
C'est vrai. Très jeune, j’ai su que je voulais travailler dans le secteur du livre donc j’ai suivi une formation très littéraire de base, avec deux ans de prépa. J’ai fait ma troisième année en licence Lettres, Edition, Médias, Audiovisuel (LEMA) à la Sorbonne et à l’issue de ma licence, j’ai réalisé un stage dans l’édition qui m’a ouvert les portes du master Commercialisation du Livre. On m’a toujours dit que le secteur de l’édition était bouché, donc j’ai voulu me différencier en me spécialisant en commercialisation. Les profils d’assistant d’édition et d’éditeur sont au cœur du processus éditorial, vous travaillez donc avec d’autres métiers comme les auteurs, la communication, le marketing ou encore les libraires. Il me paraissait important de connaître le côté commercial, car un éditeur vend indirectement aussi des livres.
Un an après ta sortie d'études, tu as la casquette d'éditrice freelance. Peux-tu en dire plus sur ton activité ?
Après une alternance ans deux maisons d’édition, Slalom et Poulpe Fictions (Edi8), ces dernières m’ont indiqué qu’elles souhaitaient continuer à travailler avec moi. Le salariat n’était pas possible mais je pouvais faire des missions ponctuelles. Ce n’était pas mon choix numéro un, j’aurais préféré avoir la sécurité de l’emploi et suivre des projets, un catalogue et une ligne éditoriale précise. Toujours est-il que j’ai ouvert mon auto-entreprise, Ad Astra Edition, et que cela fait un an que je suis en freelance. Je réalise des missions variées comme des fiches de lecture de livres reçus en comité de lecture, de la lecture de manuscrit ou encore du diagnostic éditorial, c’est-à-dire de la bêta lecture. Récemment, j’ai commencé un CDD pour les éditions Milan, ce qui me pousse à n’accepter que des petites missions freelance pour le moment.
As-tu rencontré des difficultés en te lançant ?
Mon alternance m’a donné des contacts, mais j’ai aussi posté mes services sur le portail de l’Asfored, un site dédié aux métiers du livre qui permet de trouver des missions, des stages ou des emplois. La chance que j’ai eue, c’est qu’on est venu me chercher pour toutes mes missions de freelance. Je travaille ainsi pour des auteurs mais aussi pour des agences d’aide à l’auto-édition comme Librinova.
Un des grands avantages du freelance, c’est la variété des expériences qu’on peut avoir et qui sont indispensables pour se faire une place dans le monde de l’édition.
Les points positifs et négatifs de l'expérience freelance selon toi ?
Un des grands avantages du freelance, c’est la variété des expériences qu’on peut avoir et qui sont indispensables pour se faire une place dans le monde de l’édition. Je peux, par exemple, travailler sur un livre jeunesse avec beaucoup d’illustrations, et qui demande de faire appel à un graphiste, en passant par un livre de cuisine avec un photographe en studio, à un livre pour les tout petits avec des pages cartonnées et des jeux de textures à intégrer. L’envers du décor, c’est qu’on ne peut pas suivre un projet dans son intégralité car on intervient souvent à un moment précis. Ensuite, la gestion du temps n’est pas simple. Psychologiquement, tu penses tout le temps “travail” et c’est difficile de savoir s’arrêter. Enfin, il y a une forme de précarité au début, avec l’incertitude d’avoir des clients, d’être payé et surtout dans les temps.
En tant qu'éditrice, tu es spécialisée dans la littérature ado et jeune adulte. Comment tu l'expliques ?
Je pense que, petite, j’adorais les livres et j’ai gardé cet amour de la littérature pour les enfants, de 6-7 ans jusqu’aux jeunes adultes. C’est une forme d’histoires qui m’a beaucoup manqué en prépa car j’avais arrêté la littérature plaisir, par manque de temps et d’envie. De plus, j’adore l’objet livre, les histoires, le fait de pouvoir voyager dans un autre monde et revenir à la réalité rien qu’en tournant une page. J’avais envie de retrouver tout ça, et c’est avec la littérature jeunesse que j’y arrive, notamment car c’est ce que j’aime lire le plus. Pour autant, je ne me consacre pas exclusivement à cela. Avec Librinova par exemple, il m’est arrivé de travailler sur des romans de développement personnel ou encore des autobiographies.
Tu es aussi autrice. Est-ce que l'écriture et l'édition sont des activités complémentaires ?
J'ai sorti mon roman Moons and Sun en 2022 aux éditions Hachette Lab. Je venais de finir mon premier stage dans l’édition, où je m’occupais essentiellement de tâches annexes mais pas de suivi avec les auteurs. Le fait de basculer du côté autrice m’a permis de voir concrètement le processus d’être publié, que je n’avais jamais expérimenté. Ça m’a beaucoup apporté de savoir ce que vit un auteur car, en tant qu’éditrice, j’ai beaucoup de contacts avec des primo romanciers, ceux dont il s’agit de leur premier livre. Ils n’ont jamais été publiés et grâce à mon expérience, je sais ce qu’ils traversent et ce qu’ils vont traverser. Je peux être là pour anticiper leurs interrogations. Pour ma part, le moment le plus stressant a été celui de la réécriture du texte, qui s’est fait main dans la main avec l’éditeur. C’est angoissant car il s’agit d’un premier regard, on s’immisce dans une histoire personnelle et il faut accepter les conseils et l’accompagnement.
Généralement, les éditeurs attendent les résultats des ventes en format classique pour voir si le format poche sera rentable.
Deux ans après sa sortie, Moons and Sun a d'ailleurs une deuxième jeunesse grâce aux éditions Le Livre de Poche.
Tout à fait et j’en suis ravie ! Il est sorti au format poche, chez Le Livre de Poche, le 16 octobre dernier. Si l’histoire reste la même, cela implique des modifications : la taille du livre naturellement, mais aussi son prix - moins élevé car le roman est moins grand - qui permet à des personnes qui ne peuvent pas se permettre le format broché (grand format, ndlr) d’acquérir le livre. Ça donne également une deuxième vie au roman, qui va être remis en avant et redécouvert par le public. Cela va souvent dans ce sens, du broché au poche car généralement, les éditeurs attendent les résultats des ventes en format classique pour voir si le format poche sera rentable. C’est dans l'intérêt de tout le monde d’avoir plusieurs formats.
Pour conclure, quel est ton conseil à ceux qui souhaitent se lancer dans l'édition ?
Je le redis, c’est un secteur compliqué mais passionnant. Je recommande à ceux qui souhaitent y travailler de diversifier au maximum leur CV grâce aux stages, bien sûr, mais pas que. J’ai par exemple eu une expérience de bêta-lectrice bénévole, j’ai aussi participé à des prix. L’important est de montrer que vous êtes actifs dans la vie littéraire car énormément de monde veut travailler dans l’édition mais il n’y a malheureusement pas autant de places.

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